Mort atroce pour une bienfaitrice discrète ...

, par  Mo

Papate était belle, douce et généreuse.
Elle aimait mes caresses, le fromage à pâte molle des enfants, dormir sur mes genoux, s’approprier le fauteuil de mon bureau, et la chasse aux souris.
Elle disparaissait des journées entières pour chasser. Elle était la terreur des souris du hameau. Elle les tuait rapidement, sans « jouer » avec elles. L’étonnant est qu’elle ravitaillait la dizaine de chats de la maisonnée, histoire d’améliorer l’ordinaire de croquettes. Elle semblait fière de remplir ce rôle de nourricière. Un jour, elle me fit cadeau de sa dernière chasse, à peine tuée, en la déposant délicatement dans mon assiette.

Papate, dite l’Invisible, naquit une nuit, dans le lit de ma mère.
Elle fut surnommée l’Invisible par les personnes qui, fréquentant la maison, ne la virent jamais qu’en photo. Seule la famille proche avait ce privilège.
AucunE voisinE ne connut jamais son rôle éminent dans la disparition des souris qui leur faisaient peur.

Jeudi soir, quand Papate est rentrée, elle vint vers moi pour me montrer qu’elle avait du mal à plier sa patte arrière droite. Mais elle s’enfuit à l’arrivée d’une personne étrangère à sa famille.
Je pensais qu’elle était repartie par la chatière.
Ce n’est que le lendemain dans la soirée (24h plus tard), que je la retrouvais en entendant un hurlement terrible.
Papate, ma douce, qui s’était cachée dans un carton d’une pièce inoccupée, était saisie de convulsions et elle hurlait de douleur. Des hurlements poignants qui me brisaient le coeur.
J’ai eu des chats qui se sont estropiés, qui ont eu des cancers mortels. Jamais je n’ai entendu un cri. Ils restaient prostrés mais jamais un son n’est sorti de leur gorge, à part le hurlement effrayant d’un chat - qui avait supporté sans une plainte un cancer généralisé-, lors de son euthanasie par un vétérinaire sadique quand celui-ci lui avait, sans anesthésie, enfoncé une énorme aiguille dans le coeur.
Les hurlements de Papate, cela voulait dire que la douleur dépassait l’imaginable, dépassait l’atroce. Elle hurlait encore quand le vétérinaire arriva et l’emporta, une heure plus tard.
Elle mourut le lendemain matin.
Le vétérinaire me dit que la cause de la mort était probablement l’ingestion de mort-aux-rats.

Les gens d’ici n’aiment pas les chats

Il faut dire que les gens d’ici n’aiment pas les chats. Pourquoi ? Nul ne le sait. Ils disent qu’ils ont des chiens. Comme si les chiens et les chats ne pouvaient pas coexister.
Les chiens, c’est sympa, et cela chasse parfois les rats, mais rarement les souris.
Alors, les gens d’ici balancent de la mort-aux-rats.

Je pensais qu’un chat qui a ingéré un raticide aurait bavé, craché du sang.
Mais ce genre de raticide, m’apprit le vétérinaire est un raticide à effet retard, un raticide anticoagulant, un rodenticide. Il s’agit d’un tueur invisible, un pur produit de la perversité humaine : quand ses manifestations deviennent visibles, il est beaucoup trop tard pour sauver l’animal.
Une souris qui ingère ce poison ne mourra que des jours, voire des semaines plus tard, d’une hémorragie interne massive, sans doute dans les mêmes atroces douleurs que Papate. Entretemps, elle aura peut-être la chance d’être dévorée par un chat. Lequel en mourra.
Ce sont les voisins, qui ne supportant plus de voir les souris galoper entre leurs jambes, ont fait appel à une société de dératisation, laquelle leur a vendu ce rodenticide. Ils n’imaginaient pas que les souris empoisonnées puissent sortir du domicile et aller empoisonner Papate…

Les pièges, peu chers, écologiques, efficaces, et réutilisables à volonté

Il serait temps d’arrêter de supplicier les animaux qui nous dérangent.
Outre les répulsifs naturels (huile essentielle de poivre ou de citron, ou des plants de menthe), outre les répulsifs ultrasoniques, qui les font fuir, ou les maintiennent à distance, il existe de nombreux de pièges non mortels et pacifiques, que tout unE chacunE peut fabriquer de ses mains avec une facilité déconcertante, pour se débarrasser des souris comme des rats : des friandises et une petite promenade, à la campagne ou dans les bois, loin des humains, les rendront à la liberté. Heureux.

Évidemment, le dératiseur n’a pas parlé à mes voisins des pièges, lesquels ont l’inconvénient d’être peu chers, écologiques, efficaces, et réutilisables à volonté. Et de ne rien rapporter à l’industrie chimique.
Il a aussi oublié de les informer sur les « risques notoires d’accident pour les enfants, ainsi que des risques pour les animaux (autres que les souris et les rats) et l’environnement (causés par un raticide anticoagulant qui) a été répertorié (par le conseil de l’Europe) en tant que substance potentiellement persistante, susceptible de bioaccumulation et toxique (PBT), ou très persistante et très bioaccumulable (vPvB) » [1].
Le pire, c’est que cette effroyable guerre totale déclarée aux rongeurs, est perdue d’avance : Depuis 70 ans que les raticides sont massivement déversés dans la nature et les habitations, la population des rats et des souris n’a pas diminué : ceux-ci ont développés une résistance aux rodenticides.
Les industriels ont eu beau changer d’anticoagulants, augmenter les doses de poison, rien n’y a fait. Les souris et les rats s’adaptent, se modifient génétiquement.
Mais pas les chats, ni les chiens.
Entre 2008 et 2013, plus de 9000 cas d’intoxication par des raticides anticoagulants ont été enregistrés par le Centre antipoison vétérinaire de Lyon. Si on y ajoute tous les empoisonnements non déclarés, ce sont plusieurs milliers de chats, de chiens et d’autres animaux de compagnie ou de ferme, qui sont victimes de la sinistre industrie des pesticides.
Il faut arrêter le massacre des innocents.
Interdisons les raticides !

Merci au Dr Bruno Mear, vétérinaire à Guerlesquin, qui accourut, un jeudi soir, malgré les intempéries, pour s’occuper d’un chat.

[1directive européenne in Wikipédia)

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